Beaucoup d’encre a coulé sur cette nouvelle vague d’immigration en Europe. Je vais tenter de prendre un autre angle, en parlant de ce que je connais, ou du moins ce que je pense connaître, c’est-à-dire moi et mes propres expériences en tant qu’étrangère dans un autre pays. Je vais tenter de confronter le tout à ce déferlement de stéréotypes sur les immigrés.

Dans cet article et dans la vie que je souhaite mener, le migrant c’est moi. Je suis l’immigrée qui arrive sur un terrain inconnu et fait face à d’autres êtres humains qui certes peuvent me faire peur car je suis loin de tout, de ma culture, des miens, de mes repères…

Le contexte : Madame B. en Australie

Je suis partie 1 an avec un Working Holiday Visa en Australie. Un an, ce n’est rien et en même temps c’est beaucoup. Est-ce que je peux dès lors me considérer comme une migrante? J’ai envie de répondre, pourquoi pas! Après tout, il y a tant de difficultés à définir ce terme que me définir comme immigrée ne serait pas une aberration.

Réfugiés en Australie
Écriteau en Australie. Il y a comme une culture du “Backpacker”

Je suis donc partie une année entière en Australie, le pays des “backpackers”, non là ce ne sont ni des roms, ni des gitans, ni des… ce sont des voyageurs en sac-à-dos. J’ai travaillé sur le sol australien, “profité” des infrastructures mises à dispositions pour tous, comme les barbecues, les douches et toilettes publiques, les plages, les campings gratuits, et même de la sécurité sociale (il y a des accords entre la Belgique et l’Australie)….

Et plus encore, j’ai “profité” de l’Australie en m’en mettant plein les poches et en riant au nez des australiens.

J’ai également “profité” de l’hospitalité des australiens qui m’ont très souvent accueillie. Comme lors de mon expérience de wwoofing dans l’outback, ou simplement toutes les personnes qui m’ont hébergée sur la route.

Est-ce vraiment “profiter”? Est-ce que je ne suis que de la vermine opportuniste qui n’est là que pour voler le boulot des autres, ne pas m’intégrer à leur culture, vandaliser les espaces publics et faire peur à l’Autre?

J’ai pris leur boulot

Pour la plupart des boulots, le fruit-picking en grande partie, c’est considéré comme un travail dur que peu d’australiens se décident de faire. Les backpackeurs sont une main d’oeuvre facile qui acceptent souvent les jobs que les locaux ne font pas. Effectivement, j’ai pris un boulot… et même plusieurs!

Fruit Picking en Australie
Mme Bougeotte en train de cueillir des pommes. 8 à 10 heures de boulot, 6 jours / 7

J’ai eu droit à des “Go back to your country, b*tch”. J’insiste sur l’insulte qui m’a tout de même heurtée, je me rappelle à la fin de cette journée de ce boulot de représentant porte-à-porte, avoir pleuré. Je me suis rassurée en me disant que c’était surtout le contexte de ce job qui rendait les gens désagréables envers moi et pas moi en soi.

Le lendemain, je me rappelle qu’une dame, après avoir bien évidemment refusé mon offre pour une nouvelle compagnie d’électricité, m’invita à me désaltérer pendant qu’elle cuisinait. Après une agréable conversation, je partis avec quelques tomates délicieuses de son jardin dont elle était évidemment très fière.

Je n’étais pas fière de vendre de la m*rde alors je n’ai rien vendu (et je n’ai rien gagné). Dans ces cas-là, on n’est pas très convaincant. Cependant, j’ai bien aimé toquer aux portes et parler aux gens dans une langue que je ne maîtrisais pas. Enfin “bien aimer”, disons que passer la peur de parler à des inconnus et mis-à part ces personnes de mauvaise humeur, j’ai apprécié discuter avec ceux qui ont ouvert leur porte!

Je suis la cause du déclin de l’économie australienne

Il faut aussi comprendre que ce Working Holiday Visa est profitable pour l’état australien. Comme dit précédemment, ils ont besoin d’une main d’oeuvre saisonnière pour des boulots assez durs et à durée courte. De plus, le Backpackers, dans la plupart des cas, amasse de l’argent (car on est souvent relativement bien payé!) pour ensuite le dépenser dans le tourisme australien. Bref, le Backpacker gagne et dépense son argent sur le sol australien et fait ainsi tourner la machine économique! Et même s’il peut être considéré comme le bas de l’échelle sociale, il fait du moins partie de l’échelle et non du déclin de l’économie.

Je ne me suis pas intégrée à cause de la barrière culturelle et linguistique

Je vais peut-être vous surprendre en vous disant qu’on est tous différent! Entre les chiques de Lièges, les couques de Dinant, les Zinnekes de Bruxelles, n’y a t’il pas déjà une certaine barrière? Dois-je pour autant m’enfermer dans mon village et ne pas découvrir qu’ailleurs c’est un peu différent, que “tiens, une chique c’est un bonbon dans la contrée voisine”…  et qu’un “barbie” c’est un barbecue en Australie… Pourquoi insister sur le fait qu’une chique ne peut être qu’un chewing-gum? La culture, au final, ne serait-ce pas la somme de toutes nos différences? 

Alors, mon anglais n’était pas terrible au début, et pour en revenir à ce job de représentant, ce n’était vraiment pas simple pour moi mais je l’ai fait, je l’ai certainement mal fait et je n’ai pas été payée mais quelle expérience, quelle découverte de l’Autre.

Le risque quand on part loin de chez soi est de se rassurer en restant avec ceux de la même culture et/ou de la même langue. Il est vrai que c’est moins fatiguant et tous nous le faisons au cours de nos pérégrinations. Il est normal de chercher une certaine sécurité. Une sorte de base sécuritaire qui devrait, dans le meilleur des mondes, nous aider à aller vers l’Autre. Certains m’ont tendu une main, ou une bière, ou ouvert la porte, et il a été plus facile d’appréhender cette nouvelle culture. Je les remercie de m’être sentie un peu chez moi grâce à eux, ces australiens ou ces autres voyageurs venus d’horizons différents.

Le plus important n’est pas de supprimer la peur et ses stéréotypes mais de les dépasser. Toquer à une porte ou en ouvrir une, être curieux… si simple à dire! Bref, s’intégrer c’est faire partie d’un tout, ça prend du temps et de l’envie de la part des deux parties…

J’ai vandalisé les espaces publics

Je suis coupable! J’avoue avoir déféqué un jour dans la nature… J’avoue avoir vécu quelques mois comme une bohème. Avoir dormi sous une tente plantée au milieu de nulle part ou dans ma voiture. Essayer de débusquer une douche le long d’une plage ou sur une aire de routes. J’avoue aussi avoir utilisé les barbecues, toujours en les nettoyant après utilisation. J’ai même été saoule sur la voie publique, ça m’est arrivé, oui! J’ai même pris mes aises en faisant mon jogging certains matins à Darwin et en saluant les autochtones, qui n’ont pas eu peur de moi. J’avoue avoir reçue des amendes que je n’ai pas payée, je suis une hors-la-loi et cela fait de moi une horrible personne.

Camping en Australie
Camping autorisé en Australie
dejeuner Wilson Promontory
Petit-déjeuner dans le Wilson Promontory en Australie. Après une nuit de camping sauvage dans la voiture…

Oui, je suis une vandale, de la pire espèce : je suis l’Autre! Mais bon à part ça, ils m’ont bien acceptés.

A la différence que…

Evidemment que la situation que j’ai vécue est différente. Je peux vous citer ici quelques raisons :

  • Je ne suis pas partie pour fuir un pays en guerre mais bien car je le voulais. N’est ce pas une raison de plus pour soutenir ces personnes?
  • J’entends au loin l’argument “oui mais bon l’Australie a bien plus de place pour accueillir ces gens”. C’est vrai qu’entre la densité de population en Australie et en Belgique, il y a un gouffre. C’est vrai qu’à choisir, je leur dirais d’aller en Australie pour la qualité de vie et la facilité d’avoir un petit boulot. Pas de chance, ils sont chez nous et je ne pense pas qu’il avait le choix de la destination.
  • La différence culturelle est, peut-être, moins grande. Vraiment? Partons, du principe que oui, qu’après tout, les australiens descendent de bagnards anglais et l’Angleterre c’est plus proche de nous. Ne serait-ce pas une chance de découvrir une autre culture, de pouvoir voyager juste en sortant de chez soi et de croiser l’étranger en bas de sa rue?
  • Dans le cas de l’immigration actuelle vers l’Europe, il y a un réel problème d’urgence et d’infrastructure… Il faut accepter que nous, grands pays occidentaux, nous ne nous sommes pas suffisamment équipé pour les accueillir efficacement. Aux yeux de certains, cela crée peut-être une sorte de chaos. Cependant, une multitude de mouvements citoyens se sont mis en place afin d’organiser au mieux cette vague et il ne tient qu’à nous de les soutenir à notre manière.
  • “Oui mais toi c’est différent tu veux t’intégrer” et les autres peut-être que non? Et bien peut-être que non. Dans le doute, s’abstenir! S’abstenir de croire en ce que j’appelle “une vérité vraie”, un pléonasme pour dénoncer l’absurdité d’une chose qui s’est ancré dans notre tête. Mais croire en plusieurs vérités!

Conclusion

Les flux migratoires forment l’histoire. Ils forment notre histoire… des cultures, qui jamais ne seront statiques mais toujours en constante évolution au contact des Autres… et finalement c’est bien ça le plus merveilleux, que l’on change!

Je pense que la liste de sous-titres aurait pu s’allonger, que d’autres préjugés auraient pu être avancés. Mais ce que je veux surtout mettre en avant, c’est tenter de se mettre un instant à la place de l’Autre, de dépasser cette peur de l’Autre et ses préjugés.

J’ai évité volontairement de dire “Ils n’ont plus rien” ou “Ils ont tout perdu” ou “Ces pauvres gens”, on est toujours riche de quelque chose et on a toujours quelque chose à donner et partager…

Peut-être que ceci ne tombera que dans les oreilles des gens déjà convaincus… mais ils auront surement quelque chose à dire sur ce sujet, alors, à vos commentaires…

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Anthropologue de formation, elle a décidé de se convertir à la communication web et peut-être un jour deviendra-t-elle une nomade de la toile ou même une nomade tout court. Sinon, elle manie l’épée comme le prolongement de son bras, aime manger, pratique le didjeridoo, utilise une phablette trop grande pour sa petite main et accessoirement adore voyager, rencontrer et découvrir.

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